Anges Noirs Tome 4 : Oli

L’amour peut-il naître par devoir ?

Moi, c’est Oli. Olivier Blanc de mon patronyme complet.
Je suis le 
quatrième membre des Anges noirs et le plus important ! Sans batteur, un groupe n’est rien.
C’est moi qui donne le tempo.
Ma famille, enfin, ma sœur et ma mère sont les personnes qui comptent le plus pour moi.
Alors, quand Cassandra, l’une de mes conquêtes d’un soir, réapparaît en cloque, je suis tiraillé entre plusieurs émotions.

Si vraiment il s’avère que cet enfant est de moi, que dois-je faire ? Ai-je le droit de les abandonner, lui et sa mère pour qui je n’ai aucun sentiment amoureux ?

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- Extrait -

J’ai raccroché au nez de ma sœur parce que je ne veux pas l’inquiéter. Mais je sais que j’ai fait tout l’inverse. C’est plus fort que moi. Je ne comprends pas pourquoi s’en prendre à ma mère. Le portable de Matt sonne, il me montre que c’est Éva. Je lui demande de ne rien lui dire. Pour l’instant du moins. Le temps que je me calme et que l’on comprenne ce qu’il se passe.

Évidemment, ma sœur insiste et Matt finit par lui répondre.

— Oui, il est chez moi, entends-je.

— …

— Mais non, ne t’inquiète pas. Tu connais ton frère.

— …

— Je ne sais pas, Minipuce.

— …

— Bien sûr que je te le dirai.

— …

— Bisous. Je t’aime aussi.

Il pose son téléphone sur la table basse. Si je ne le vois pas, je l’entends le faire avant qu’il me rejoigne sur sa terrasse.

— Ne m’oblige plus à mentir à ta sœur ! me sort-il rageux.

J’allais rétorquer sur le même ton, mais nous sommes interrompus par la sonnerie de son interphone.

Une fois qu’il a répondu et ouvert à l’intrus, il m’assène :

 

— Elle a le droit de savoir s’il y a un problème avec ta mère. Tu ne peux pas la laisser dans l’ignorance. D’autant plus qu’elle a très bien senti qu’il y avait un souci.

— Oui, je sais, me calmé-je sous la logique de ses propos. Mais, je ne peux pas lui dire que notre mère a disparu tant qu’on ne sait pas vraiment qu’elle a disparu.

Il file ouvrir la porte d’entrée à Ben, Jérem et Mary. Cette dernière vient me prendre dans ses bras.

— I’m so sorry.[1]

— Tu n’y es pour rien si ton ex est un connard ! s’exclame Jérem visiblement aussi en colère que moi.

— OK, j’ai eu des nouvelles de l’équipe qui le surveille chez lui à Londres. Elle me rapporte qu’il ne bouge pas de chez lui et respecte les termes de sa surveillance électronique. Pour l’instant, on n’a rien remarqué non plus dans ses conversations téléphoniques.

— Mais pourquoi s’en prendre à ma mère ?

— Luke a des yeux et des oreilles partout. Je suis bien placée pour le savoir. J’imagine qu’il s’est dit que comme il ne pouvait pas m’atteindre directement, il fallait trouver un autre moyen…

— Je ne comprends toujours pas ce que ma mère vient faire là-dedans, m’agacé-je.

— I know. But…[2]

— En fait, votre mère a échappé à notre vigilance hier soir et…

— Hier soir ? m’insurgé-je en coupant la parole à notre chef de la sécurité. Mais à quoi sert ton équipe, sérieux ?

— Oh my God ! fait Mary en posant sa main devant sa bouche.

J’ai besoin de me défouler sur quelque chose. Matt le voit et vient vers moi.

— J’ai exactement ce qu’il te faut, me murmure-t-il, mais on va d’abord écouter Ben. Je suis sûr qu’il a un plan.

Je n’ai pas le temps d’acquiescer que le téléphone de Mary se met à sonner. Son visage change radicalement. Elle vient de se parer de son masque de femme d’affaires glaciale et répond sèchement en s’éloignant vers la terrasse de Matt.

— …

— No, there’s no way. You know that. the terms of the contract are clear. If the seller retracts, we keep the 30% of the amount. We do not reimburse.[3]

Elle raccroche aussi durement qu’elle a entamé la communication.

— Sorry, les affaires vous savez ce que c’est… nous lance-t-elle en revenant.

— Wow ! Je crois que je préfère que tu sois dans notre camp, s’exclame Bapt.

— Il faudra que tu m’apprennes à être aussi ferme avec mes clients, confie Elena, admirative.

Non, mais ils se foutent tous de moi !

— Oli, m’interpelle Jérem. Mon pote, on est là, on va régler ça.

— On ne sait même pas ce que l’on a à régler en fait. On croyait le type en prison, mais on reçoit un message tous qui provient visiblement de lui. Sans parler de ma mère qui a été enlevée !

— On n’a aucune certitude de ça, intervient Ben. L’agent en faction en bas de chez vous n’a pas bougé de la nuit. Il a vu votre sœur rentrer, et d’autres allées et venues, mais aucun signe de votre mère.

— Non, mais vous vous entendez ?

Mon portable se met à vibrer. Le numéro de ma mère s’affiche.

— Maman ? Mais t’es où bon sang !

— Oli, je… je suis désolée, je…

— Maman, calme-toi, tenté-je de la rassurer. Où tu es ?

— Je suis à l’hôpital.

— Quoi ? Tu es dans quel hôpital ?

Ma question fait taire les derniers murmures restants dans la pièce. Tous me regardent attendant mes prochains mots.

— Bichat, dans le dix-huitième. Je ne sais pas comment je suis arrivée ici…

Je réfléchis pour visualiser l’endroit. Ce n’est pas très loin de chez moi, mais d’ici, il va me falloir au moins une demi-heure.

— OK, maman, je suis là très vite.

C’est comme si j’étais devenu fou. En même temps, ce n’est pas faux. Mais cette sensation est loin d’être agréable.

Je suis tellement en colère face à mon impuissance de l’instant.

— Où on va ? me lance Ben.

— Hôpital Bichat. Je ne sais pas exactement ce qu’elle a, mais elle avait l’air paniquée.

— Je viens avec toi, jette Matt alors que je compose le numéro de ma sœur.

 

Je le regarde, perturbé, sans envoyer l’appel et ne dis mot.

— On peut aussi venir, propose tour à tour chacune des personnes présentes dans cette pièce.

C’est en cet instant que je me rends compte qu’ils sont vraiment bien plus que mes potes. Nous sommes une famille. J’appuie alors sur la touche verte de mon téléphone. Éva répond dès la première sonnerie.

— J’ai des nouvelles de maman. Tiens-toi prête. On passe te prendre.

Quand j’entre dans la chambre d’hôpital et que je la vois, je suis autant en rage que soulagé. En colère parce qu’un chauffard l’a renversée, la laissant inconsciente après son méfait. Rassuré parce qu’elle me sourit malgré les hématomes sur son visage. Le petit garçon en moi ne souhaite qu’une chose, me blottir contre elle comme vient de le faire ma sœur. Elle se décroche de son étreinte et me laisse la place. Ma mère a gardé les bras grands ouverts attendant que je vienne moi aussi être réconforté. Elle a ce pouvoir depuis toujours. Un câlin de maman chasse nos idées noires, nos peurs, nos problèmes… au moins l’espace d’un instant. Ma fureur se calme et lorsque je me redresse, je croise le regard d’Éva.

— Ça va, les enfants, ce n’était qu’un banal accident.

— On a eu très peur, confie Éva. Et si tu savais comme je m’en veux que tu aies passé la nuit seule ici… je n’ai même pas vu que tu n’étais pas rentrée hier… je…

— Ne raconte pas de sottises, ma fille. Tu ne me vois jamais avant le lendemain matin quand tu rentres d’une de tes soirées avec Sybille. Ce n’était pas différent pour hier.

— Maman, te souviens-tu de ce qu’il s’est passé ? l’interrogé-je.

— Pas vraiment. Je me rappelle avoir laissé un mot à la maison vous informer que j’avais une course à faire, être sortie de chez nous, d’avoir traversé la rue et de m’être réveillée ici. Je n’ai pas vu la voiture arriver…

— Ce n’est pas grave, maman, ça a dû se produire tellement vite… souffle ma frangine.

— Les policiers m’ont dit que j’avais eu beaucoup de chance.

— Les policiers ? m’étonné-je.

— Oui, ils étaient là ce matin, et m’ont posé quelques questions. Malheureusement, je n’ai pas pu les aider beaucoup…

Elle se met à bâiller, visiblement épuisée par les événements.

— On va te laisser, maman, repose-toi, indique Éva, dont je vois les larmes poindre au coin de l’œil.

Elle embrasse notre mère et recule pour que j’en fasse de même. Une fois hors de la chambre, je me mets en quête d’un médecin. Ce dernier me confirme qu’elle a eu beaucoup de chance. Un policier vient vers nous tandis que je le remercie et lui laisse mon numéro pour me prévenir au moindre changement de l’état de santé de ma mère. Comme nous ne pouvons pas rester avec elle à l’hôpital…

— Monsieur Blanc, je suis l’inspecteur Marchant. Voici mon collègue, l’inspecteur Joubert. Nous sommes chargés de retrouver le chauffard qui a percuté votre mère, mais aussi plusieurs autres personnes cette même nuit. D’après nous, aucun lien entre les différentes victimes, si ce n’est d’avoir réchappé à un tragique accident.

— Comment ça, plusieurs personnes ?

— En plus de votre mère, le véhicule a heurté un peu plus loin un couple avec un enfant. Plus de peur que de mal pour eux, mais au moins on a pu obtenir une description du véhicule et un portrait-robot. Si vous avez un moment, nous aimerions vous le montrer. Peut-être aurez-vous déjà aperçu cet homme quelque part…

— Non, mais sérieux ? Et le gars a pris la fuite les deux fois ? C’est complètement dingue, résume ma sœur, effarée.

— On ne peut pas rester de toute façon. Le temps de prévenir nos amis que nous ne rentrons pas tout de suite et on vient avec vous, décidé-je sans consulter Éva qui acquiesce d’un signe de tête.

Une demi-heure plus tard, nous sommes tous les deux dans le bureau de l’inspecteur. Si la voiture ne dit rien ni à l’un ni à l’autre, le dessin de l’homme en revanche…

Éva devient blême, elle est à la limite de la perte de conscience en reconnaissant l’homme qui l’a approché il y a quelques semaines alors qu’elle sortait de l’un de ses matchs de rugby.

— Je… je ne connais pas son nom… tout ce que je peux vous dire c’est qu’il a un accent britannique.

Elle relate sa rencontre aux inspecteurs, sa déposition est enregistrée et nous ressortons du commissariat près de deux heures plus tard. Il fait nuit quand nous rentrons enfin chez nous.

Ma sœur décroche son téléphone alors que nous venons de passer la porte.

— Non, tu ne me déranges pas.

— …

— Je n’ai pas encore eu le temps de lui parler. On a eu une journée plus qu’éprouvante.

— …

— T’inquiète, je vais le faire.

— …

— Oui, je sais, mais notre mère est à l’hôpital et j’ai eu d’autres priorités. Mais je ne t’oublie pas.

Tiens, je pensais qu’elle était en conversation avec Matt…

La sonnette de la porte d’entrée retentit, et c’est mon pote qui se tient derrière. Ma sœur arrive avant même que j’aie le temps de le saluer. Elle lui saute au cou et l’embrasse tandis que je me détourne pour ne pas les regarder.



[1]Je suis tellement désolée.

[2] Je sais. Mais…

[3] Non, il en est hors de question. Les termes du contrat sont clairs. Si le vendeur se rétracte, on garde les 30 % du montant. On ne rembourse pas.

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