Anges Noirs Tome 5 : Phil

𝗣𝗼𝘂𝗿 𝘃𝗶𝘃𝗿𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗮𝗺𝗼𝘂𝗿, 𝘃𝗶𝘃𝗼𝗻𝘀 𝗰𝗮𝗰𝗵és

Je suis Philippe Karabas, producteur des Anges Noirs. Mon nouveau défi : faire de ces quatre garçons, les nouveaux Beatles. Je ne vis que pour ça et rien ne me détournera de cet objectif.

Sauf peut-être, Justine, cette jeune femme d’affaires si pétillante. Entre nous, c’est perdu d’avance. Elle ne croit pas en l’amour et notre différence d’âge annonce la couleur. Pourtant, mon cœur semble se réveiller à son contact.

Mais entre la carrière des Anges et la menace qui pèse sur le groupe, comment construire cette relation sans la faire fuir ?
𝗘𝘁 𝘀𝗶 𝗱𝗶𝘀𝘀𝗶𝗺𝘂𝗹𝗲𝗿 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗵𝗶𝘀𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲 à 𝗻𝗼𝘀 𝗽𝗿𝗼𝗰𝗵𝗲𝘀 𝗲́𝘁𝗮𝗶𝘁 𝗹𝗮 𝗯𝗼𝗻𝗻𝗲 𝘀𝗼𝗹𝘂𝘁𝗶𝗼𝗻 
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- Extrait -

Une fois de plus, je quitte la boîte plus tard que ce que j’avais prévu. J’avise l’heure avant de sortir de ma société de production et me rends compte que je devrais déjà être chez mes potes. D’ailleurs, je sens mon téléphone vibrer dans la poche intérieure de ma veste. Sans surprise, lorsque je m’en saisis, le numéro de Max s’affiche.

— T’es où ? beugle-t-il dans l’appareil. Le match commence dans une demi-heure.

— Le temps de récupérer des bières et je suis là.

— Mouais… Je suis certain que tu sors tout juste de ton bureau, à moins que… ne me dis pas que tu y es encore ?

D’accord, notre longue amitié joue en ma défaveur. Ce type me connaît trop bien.

— Je ne te le dis pas alors, concédé-je.

Je lui dis encore moins que ce n’est même pas moi qui suis allé acheter les bières…

— Phil, tu déconnes ! Tu sais qu’il n’y a pas que le boulot dans la vie ? me sermonne-t-il.

— Je monte en voiture. On se voit dans une vingtaine de minutes.

Je raccroche sans autre forme de cérémonie. Max a l’habitude. Et puis, je me rends chez lui de toute façon, on aura bien le temps de discuter. Tout en m’insérant dans la circulation, je repense à ces contrats. Il faut qu’ils soient prêts avant que les jeunes arrivent. Je ne veux pas les lâcher ni leur donner l’occasion de reculer. Je sens au plus profond de mon être que nous pouvons faire de grandes choses ensemble. Alors, bien sûr, on a du pain sur la planche comme on dit, mais ces quatre mômes ont un talent de dingue. Tout en me garant devant la maison de Max et sa femme, un dernier élément me vient en tête. Je compose le numéro de mon assistante dès le contact de la voiture coupé. Elle me répond alors que la tonalité n’a même pas retenti dans mon oreille.

— Oui, Philippe, que puis-je pour vous ?

— Vous ne rentrez jamais chez vous, Sylvie ?

Je sais, je suis culotté de lui sortir un truc pareil, mais moi, c’est différent, la boîte m’appartient, c’est normal que je fasse des heures. Sylvie est mon employée, il faut que je fasse attention à ce qu’elle respecte son planning. Je regrette instantanément de l’avoir appelée. Ça aurait très bien pu attendre demain.

— J’étais sur le départ.

— Vous avez raison, rentrez chez vous. On verra ça demain.

— Vous êtes sûr ? Je peux rester encore un peu si besoin.

— Bonne soirée, Sylvie, à demain, la salué-je avant de raccrocher.

Je recherche le dossier « notes » dans mon appareil et inscris ma pensée du moment. On en parlera en temps et en heure au bureau.

J’attrape le pack de bières qu’est allée me dénicher mon assistante plus tôt dans la journée et rejoins mes amis.

— On a failli t’attendre ! me lance Max en ouvrant la porte.

— Ne l’écoute pas, lâche Mélanie en me faisant la bise. Tu es juste à l’heure.

Je tends les bières à mon pote tandis que sa femme me débarrasse de mon manteau et va le déposer, comme à l’accoutumée, dans le petit bureau qui jouxte l’entrée.

 

Je m’installe sur le fauteuil qui m’est désigné, le même chaque fois que je viens passer la soirée chez eux, juste avant la prise d’antenne des commentateurs. Mes hôtes n’attendaient que moi pour démarrer l’apéritif dînatoire au vu des plateaux déjà disposés sur la table basse devant moi.

— Bière ou whisky ? m’interpelle Max depuis le coin cuisine.

— Comme toi.

Il arrive avec deux bouteilles, que l’on décapsule alors que le coup d’envoi est donné, Mélanie sur les talons, un verre pétillant à la main.

— Je me suis servi un monaco pour vous accompagner, je n’avais pas envie d’une simple bière, m’explique-t-elle.

Nous trinquons tout en fixant l’écran. Le match est intense ce soir, on enchaîne les points, mais l’adversaire est coriace. Quand la mi-temps est sifflée, je suis aussi lessivé que les joueurs, j’exagère à peine. J’étais tellement concentré sur le jeu que je mérite cette pause au même titre qu’eux. Mélanie nous propose de commander des pizzas pour compléter ce qu’elle avait préparé.

— Franchement, avec tout ce qu’il reste sur la table, ça ne me semble pas nécessaire, lui lancé-je. Personnellement, je ne suis pas certain de grignoter encore beaucoup. Tout est délicieux, mais je cale.

— Elle a toujours peur que l’on manque ! s’exclame mon pote en riant.

— Quand on boit, il vaut mieux remplir son estomac aussi ! se renfrogne-t-elle.

— C’est parfait, Mél, on a tout ce qu’il faut, la rassure son mari.

Je souris de les voir faire. Mélanie et Max se sont rencontrés à la fac. Ça a tout de suite matché entre eux et elle s’est adaptée à notre duo sans effort. C’était naturel. Ils ont vécu leur histoire sans que mon amitié avec Max en soit délaissée. Au contraire, j’ai gagné une amie de plus sur laquelle je sais pouvoir compter.

— Dis-moi, Phil, quand est-ce que tu nous présentes ta copine ? me raille mon pote alors qu’il sait pertinemment que je n’ai personne en ce moment.

— Fous-lui la paix, chéri !

— Quoi ? On approche les quarante ans, il serait temps qu’il ait quelqu’un dans sa vie, non ?

— Quarante ? Tu charries, vieux ! On fête nos trente-cinq ans cette année ! Et puis, je vous ai déjà vous, Jules et ma filleule, c’est bien suffisant. D’ailleurs, où est Élisa ?

— Soirée pyjama chez une copine ! balance Max, dépité.

— Comme tu le vois, son père n’a pas encore coupé le cordon ! Ta fille grandit, mon amour, elle a dix ans !

— Comment ça, dix ? fais-je, taquin, me ralliant à la détresse de mon ami. Hier encore, c’était un bébé !

— Vous me fatiguez, les gars ! lance Mél en riant.

Tandis qu’elle s’éloigne pour ramener à la cuisine les plats vidés, Max en remet une couche.

— Sérieux, Phil, tu n’as même pas une petite aventure avec ton assistante ?

— Merci de t’inquiéter pour moi, mon pote, mais d’une, je ne mélange pas travail et plaisir. Et de deux, en quoi ma vie privée te regarde-t-elle ?

— Tu n’es pas drôle, tu sais.

— Ça a toujours été toi le comique de service ! ironisé-je.

— De quoi vous parlez ? nous rejoint Mélanie.

— Du désert sentimental et sexuel de monsieur ! lui répond son homme en se gaussant.

— En même temps, quand on bosse autant, difficile de trouver un moment pour draguer !

— Au moins, ta femme me comprend, elle ! lancé-je à Max. Merci, Mél !

— Cela étant dit…, reprend-elle.

— Pourquoi je sens que je ne vais pas du tout aimer la suite ? dis-je en la fixant.

— Si tu t’inscrivais sur un site de rencontre, problème résolu ! tu pourrais discuter avec des nanas et ne prendre rendez-vous qu’avec celles qui te plaisent vraiment !

— Venant de toi, Mél, je suis déçu ! Je pensais que tu étais de mon côté !

Max éclate de rire devant ma déconvenue tout en félicitant sa dulcinée de sa brillante idée. Le jeu reprend et je reporte mon attention sur l’écran. Mélanie retourne nous recharger en boisson. Je ne vois que trop tard qu’elle en a profité pour récupérer mon téléphone portable.

— T’occupe, regarde ton match ! Je te montre après comment ça fonctionne.

Mon ami rit de plus belle tandis que je secoue la tête, dépité.

Aussitôt le coup de sifflet final validant la victoire de notre équipe, Mélanie me tend mon smartphone.

— L’appli est téléchargée. Ton profil est créé, tu n’as plus qu’à scroller et te laisser guider !

— J’imagine que je dois te remercier…

— Non, Phil, ce n’est pas la peine. Promets-moi seulement d’au moins essayer.

Je lui souris, sachant pertinemment que je ne vais jamais ouvrir cette application. Comme si j’avais le temps en ce moment de démarrer une histoire avec qui que ce soit !

Les discussions repartent sur d’autres sujets. Mélanie nous raconte une anecdote de sa vie d’infirmière qui s’est produite cette semaine. Si je suis surpris de constater que certains ont des jeux sexuels étranges, comme s’enfiler une carotte… qui fatalement casse au moment de l’extraire. Je me rends compte que mon métier est quand même plus tranquille. Bien que parfois les heures défilent sans que je voie passer la journée, c’est plus sympa de travailler dans le domaine musical qu’aux urgences.

Une fois ma dernière bière vidée, je les remercie pour leur accueil et décide de retourner vers mes pénates.


Le lendemain matin, au bureau, Sylvie m’apporte un café avec la dernière mouture des contrats préparés pour les prochains artistes que nous allons produire. Enfin, s’ils acceptent de faire partie du groupe que je veux créer. Je crois énormément en ce projet. Je les ai tous les quatre vus jouer et chanter dans les pianos-bars de leurs villes respectives. Je suis conscient que les faire venir ici et leur proposer de tenter une aventure collective est un immense pari. Mais ces gars ont ce truc que l’on ne voit pas chez tout un chacun. Ensemble, ils vont cartonner, j’en suis certain.

 — Les rendez-vous sont pris ? interrogé-je mon assistante alors que je commence ma relecture.

— Oui, j’ai confirmé avec monsieur Najac, hier en fin de journée, messieurs Perrin et Blanc m’ont répondu par mail et je dois recontacter monsieur Rostand ce matin. Je ferai envoyer les billets d’avion fin de semaine prochaine.

— Parfait. Merci, Sylvie.

— Avec plaisir, monsieur.

 Alors qu’elle quitte la pièce, je l’interpelle :

 — Ah, et, Sylvie, depuis le temps que nous travaillons ensemble, vous pourriez m’appeler Philippe, non ?

— Très bien, mon… Philippe. Si vous avez besoin de moi, je suis à côté, termine-t-elle en passant la porte.

 Je me plonge dans la relecture de ces contrats, annotant çà et là pour affiner encore, quand mon téléphone se manifeste. J’avise l’écran et aperçois une notification provenant de l’application installée la veille par Mélanie.

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