Pour l'Amour de Joséphine

Toulouse – 1875

Joséphine doit faire face à la disparition de son tendre amour, son mari Charles, probablement emporté par la crue historique de la Garonne.

Après plusieurs semaines sans nouvelles, tous doutent de la survie de Charles et de la pérennité de son entreprise, dont Joséphine a pris les commandes. Alors, elle lutte. Envers et contre tous. Pour sa maison. Pour l’entreprise de son mari. Pour tout. Mais une femme seule peut-elle tout mener de front au XIXe siècle ?

Acheter sur

- 1 -

Une journée ordinaire

 

Joséphine ne peut contenir son rire devant les faits relatés par son amie. Elle visualise la petite Gabrielle, du haut de ses 4 ans, courant partout dans le jardin, sa gouvernante à ses trousses.

— Quel phénomène ma filleule ! J’aurais bien aimé voir ça, s’esclaffe-t-elle.

— Vas-y, ris ! Tu n’imagines même pas la fureur dans laquelle j’ai trouvé mon Eugénie.

— Elle devrait être habituée pourtant ! Lorsque nous étions enfants, il me semble que nous lui en avons aussi fait voir.

Louise ne peut qu’attester et la rejoint dans son euphorie. Thé et biscuits sont terminés depuis un long moment, lorsque les deux jeunes femmes quittent l’abri que leur donnait la véranda. À l’extérieur, le jasmin est en fleurs, mais elles ne peuvent profiter de son parfum envoûtant. Il ne cesse de pleuvoir depuis un mois à leur grand désespoir.

Elles profitent tout de même d’une accalmie pour se promener dans les allées d’habitude fleuries. Mais la pluie les surprend de nouveau. Non loin de la verrière, les deux jeunes femmes ont juste le temps de se remettre à couvert avant qu’une averse diluvienne s’abatte une fois encore sur le jardin. Sous l’assaut des gouttes, les pétales chutent et sont emportés dans les sillons de l’eau qui s’accumule, formant d’étroits ruisseaux au pied des plantes. Joséphine et Louise rejoignent le petit salon où les attendent leurs sets de broderie et Jeanne, un plateau rempli de douceurs entre les mains.

Alors que la comtoise sonne 18h, Louise annonce son départ. Il est grand temps pour elle de retrouver son domicile.

— Je suis ravie que tu sois venue aujourd’hui.

— C’est toujours agréable de passer un moment en ta compagnie, ma Joséphine.

— Plaisir partagé, ma chère. Mais la prochaine fois, viens avec tes petits monstres, Jeanne les adore ! Elle les gâtera un peu et cela reposera ton Eugénie, propose Joséphine en l’embrassant. Et puis, ils me manquent un peu…

— Entendu. Mais s’il ne cesse de pleuvoir comme cela, ce n’est pas pour demain. Lucien, j’arrive ! crie-t-elle à l’homme en livrée, qui l’attend à l’abri non loin de son carrosse.

Mais le valet a devancé son annonce. L’attelage est prêt à la recevoir. La porte grande ouverte, Lucien se tient bien droit à proximité de la marche, trempé sous cette pluie battante qui n’a pourtant pas l’air de l’incommoder. Il aide Madame à entrer dans le fiacre. Une fois celle-ci confortablement installée dans les coussins moelleux de la banquette, il referme la porte et prend les rênes. Louise passe le haut du corps par la fenêtre pour un dernier signe de la main.

— Embrasse les enfants pour moi, ajoute Joséphine.

— Je n’y manquerai pas.

Joséphine regarde son amie s’éloigner jusqu’à ce que la voiture disparaisse de la cour. Le soleil est déjà bien bas et le souper va bientôt être servi. Charles n’est pas encore rentré, comme souvent depuis qu’il a remplacé son père à la direction de l’entreprise.

Une fois de plus, il semble que ma soirée se fera en solitaire, regrette-t-elle en rejoignant la bibliothèque d’un pas lent. Elle s’installe dans son fauteuil, avisant la place libre en face d’elle, puis se plonge dans un roman commencé la veille.

Soudain, sa lecture est interrompue par des cris dans la cour.

— Madame ! Madame ! l’appelle sa gouvernante. Lucien est revenu !

— Lucien ? s’étonne Joséphine en se levant.

— Oui, madame de Villemur est avec lui. 

— Je viens, je viens.

Elle suit sa gouvernante dans les couloirs de la demeure pour retrouver son amie installée près du feu du petit salon.

La belle jeune femme qu’elle a laissé partir tout à l’heure a quelque peu perdu de sa superbe. Sa chevelure blonde goutte sur le parquet, tandis qu’elle tend les mains vers le foyer pour se réchauffer.

— Louise, mais que se passe-t-il ?

— Nous avons dû faire demi-tour et revenir à pied. Mon valet a fait ce qu’il fallait, mais la calèche s’est embourbée.

— Avec toute cette pluie, ça ne m’étonne pas vraiment. Et les chevaux ?

— Lucien les a détachés, nous sommes revenus avec eux. Je suis navrée de devoir abuser de ton hospitalité…

— Ne dis pas de sottises, tu sais que tu es toujours la bienvenue.

— Mon Dieu, que vont penser les enfants en ne me voyant pas revenir ? Eugénie va être si inquiète…

— Je ne t’apprends rien en te disant que tu peux avoir toute confiance en elle. Eugénie saura faire face à la situation, tout en préservant les petits. Tu n’as rien et l’accident n’a pas été plus grave, c’est tout ce qui importe.

Voyant les larmes dans ses yeux bleus d’habitude si rieurs, Joséphine s’approche et prend son amie dans ses bras. Elle n’a jamais vu Louise aussi désemparée et fait ce qu’elle peut pour la rassurer, pestant contre ces intempéries qui n’en finissent plus. Elle recule vivement à cette pensée, s’apercevant que son amie tremble de froid. 

— Viens, enlève ton capuchon, tu es toute trempée. Mets-toi là, plus près du feu.

— Comment va Lucien ? demande Louise en ravalant ses larmes. 

— Il est en cuisine avec Augustine, les chevaux ont été emmenés dans l’écurie, Albert l’a aidé. Il lui amène des habits propres et secs, la renseigne Jeanne.

— Parfait. Merci.

— Réchauffe-toi. Je vais voir avec Albert s’il peut te ramener.

Celui-ci entre en cet instant. 

— Pouvons-nous utiliser la berline pour ramener madame de Villemur chez elle ?

— Avec ce temps, et la nuit qui est bientôt là, j’ai peur qu’il ne nous arrive la même chose une fois que nous aurons quitté la ville… Mais si vous le souhaitez…

Joséphine l’interrompt et interpelle sa gouvernante avant qu’elle ne reparte.

— Oui, Madame ?

— Veillez à ce qu’on leur prépare un lit. Nos invités vont attendre la fin de ce déluge pour rentrer chez eux. Et préparez un bain bien chaud pour madame de Villemur.

— Bien, Madame.

L’ambiance dans la demeure est à l’inquiétude. Louise ne peut se résoudre à laisser ses enfants, bien qu’ils soient entre de bonnes mains avec Eugénie en l’absence de leur père. Joséphine essaie de l’apaiser, mais sans réellement y parvenir. La vérité, c’est qu’elle est morte d’inquiétude elle aussi. L’heure tourne. La nuit est maintenant tombée. Charles n’est toujours pas rentré.

Acheter sur

Les lectrices en parlent !

Une très belle histoire, j’adore !

J’ai adoré, tout est parfait : l’histoires, les personnages, leurs sentiments, merci !

J’ai beaucoup aimé les descriptions, les sentiments et les émotions des personnages sont très bien retranscrits ! C’est une jolie histoire !

Panier
error: Ce contenu est protégé et réservé aux yeux des lectrices passionnées 💕 Merci de ne pas copier.